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Au procès du 13-Novembre, Salah Abdeslam élude les questions sur le soir des attentats
information fournie par Reuters 30/03/2022 à 17:04

AU PROCÈS DU 13-NOVEMBRE, SALAH ABDESLAM ÉLUDE LES QUESTIONS SUR LE SOIR DES ATTENTATS

AU PROCÈS DU 13-NOVEMBRE, SALAH ABDESLAM ÉLUDE LES QUESTIONS SUR LE SOIR DES ATTENTATS

par Tangi Salaün

PARIS (Reuters) - Salah Abdeslam, présenté depuis le début du procès des attentats du 13 novembre 2015 à Saint-Denis et Paris, comme le seul membre encore en vie des commandos djihadistes, a exercé son droit au silence mercredi, refusant de répondre à la plupart des questions sur la soirée des attentats.

Ce témoignage était très attendu, d'autant qu'un co-accusé, Mohamed Abrini, avait déclaré mardi devant la cour d'assises spécialement composée qu'il devait être le dixième homme des commandos du groupe Etat islamique (EI), et que Salah Abdeslam n'avait été désigné pour le remplacer qu'à la veille des attentats parce que lui-même y avait renoncé.

Mais le djihadiste français d'origine marocaine, âgé de 32 ans, a provoqué la stupéfaction de la cour en prévenant d'emblée qu'il n'avait plus rien à déclarer.

"J'ai dit des choses et je me suis déjà exprimé à l'égard des victimes. Je n'y arrive plus", s'est-il justifié, malgré l'insistance du président de la cour, Jean-Louis Périès, qui cherchait à le convaincre que Mohamed Abrini lui avait "ouvert une porte" en minimisant sa responsabilité dans l'organigramme des attentats.

Salah Abdeslam lui a répondu qu'il avait déjà "fait des efforts" en s'exprimant longuement depuis le début du procès il y a sept mois, alors qu'il avait gardé le silence pendant les six années de sa détention préventive, et qu'il ne voulait pas qu'on lui reproche à nouveau de "provoquer" les parties civiles par ses propos.

"Je sais que vous allez me condamner sévèrement, pas parce que je le mérite, mais pour les personnes (les victimes) qui sont ici", a-t-il soufflé un peu plus tard.

"Pour qu'un procès soit équitable, il faut que tout le monde donne des explications", a rétorqué Jean-Louis Périès.

Soumis à une avalanche de questions des juges, du ministère public et des avocats des parties civiles, Salah Abdeslam est resté impassible, même quand l'avocat général, Nicolas Le Bris, a fustigé sa dérobade, lui qui avait promis de s'expliquer.

"LÂCHETÉ À L'ÉTAT BRUT"

"La lâcheté est la marque de fabrique des terroristes. Il n'y a pas une once de courage chez vous, c'est la lâcheté à l'état brut", s'est agacé le représentant du ministère public, après avoir dénoncé les "mensonges" de l'accusé, dont il s'est dit convaincu qu'il savait dès le départ qu'il allait participer aux attentats, au côté des neuf djihadistes morts à Saint-Denis et Paris, et de Mohamed Abrini.

Seule une avocate des parties civiles a réussi à arracher quelques mots à Salah Abdeslam, en insistant notamment sur les larmes qu'il a versées avec sa fiancée, le soir du 10 novembre 2015 en Belgique, avant de retrouver ses complices présumés à Charleroi et de prendre la route vers Paris.

"Je vais quand même répondre à quelques questions parce que je vous l'avais promis", a dit Salah Abdeslam, sortant soudain de son silence.

Après quelques propos décousus, notamment sur son frère aîné Brahim, un des kamikazes du "commando des terrasses" des cafés parisiens, dont il a assuré n'avoir réalisé la détermination que le 12 novembre à Charleroi, il a soutenu que ce n'est qu'à ce moment-là qu'Abdelhamid Abaaoud, le chef présumé des commandos, lui avait appris qu'il devait participer aux attentats, alors qu'il pensait jusqu'alors partir en Syrie.

Salah Abdeslam a répété qu'il avait renoncé à enclencher son gilet explosif le soir du 13 novembre, "pas par lâcheté, pas par peur, mais (parce que) je ne voulais pas, c'est tout", confirmant ses déclarations du 9 février.

L'avocate lui a alors demandé pourquoi il avait écrit à ses frères, à son retour en Belgique au lendemain des attaques, que sa ceinture n'avait pas fonctionné?

"J'avais honte de pas être allé jusqu'au bout", a répondu Salah Abdeslam après un temps d'hésitation. "J'avais peur du regard des autres, j'avais 25 ans."

La cour et les victimes n'en sauront pas plus.

(Reportage de Tangi Salaün, édité par Jean-Michel Bélot)

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